Les producteurs de Guéfigue sont confinés dans un bassin enclavé et abandonné

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Guefigue est un petit village du Mbam et Inoubou dans l’arrondissement de Bokito mais c’est surtout un bassin de production de cacao dont le potentiel tarde à éclore du fait des contraintes multiples liées à l’environnement dans lequel évoluent ses planteurs.  Les facteurs de production qui inhibent la production du cacao et le développement de cette filière ont été recensés par la cellule technique de suivi et de coordination des filières cacao et café, placé auprès du premier ministre. Sous la houlette de M. Evane Evariste, son président, elle a adopté des mesures dites urgentes pour relance la production et la commercialisation dans les campagnes.

Mais on peut encore se demander dans quelles régions précisément car force est de reconnaitre que les solutions proposées par ces érudits n’ont pas amélioré le quotidien des producteurs de cacao dans presque tous les bassins que nous avons visités. Par contre, on constate que les exportateurs des fèves se frottent les mains. Les reporters de la Revue de l’Economie Rurale /Agric-infos étaient à Guefigué. Voici les réactions des producteurs de cacao de la région qui se sont résolument engagés dans la culture du cacao mais qui attendent depuis lors le coup de pouce du gouvernement qui va davantage les motiver.

« Vu le mauvais état des routes, les acheteurs ne courent pas pour venir chez nous»

M. Béyégué, producteur et membre du GICAMAB(c)florencesther_34Itw : M Béyégué Jean Baptiste, secrétaire à la commercialisation du GIC GICAMAB de Biguindé

 « Lorsque j’ai décidé de ne plus travailler seul et d’adhérer à un groupe organisé et structuré selon les lois du ministère de l’agriculture, j’ai choisi le groupe d’initiative commune des agriculteurs matures de Biguindé en abrégé le GICAMAB. Au-delà des autres facteurs qui limitent l’action des GICS dans la région, je vais insister sur le facteur commercialisation. Les agents du ministère de l’agriculture nous ont encouragé à faire des ventes groupées de nos produits. Mais vu le mauvais état des routes, les acheteurs ne courent pas pour venir jusqu’ici. Les planteurs, fatigués d’attendre vendent leurs produits aux coxeurs. Pourtant, Guefigué et Biguindé ne sont qu’à 7 kms du centre d’Ombessa. Mais les pistes sont impraticables en saison de pluie. Pour la campagne cacaoyère 2017, nous n’avons pu commercialiser que près de 21 tonnes de fèves pour environ une centaine de producteurs, ce qui fait une production de moins de deux sacs de 100kg par membre. Le grand défi aujourd’hui, c’est de motiver tous ces membres à rester grouper car beaucoup sont décourager ».

 « Les agents du ministère de l’agriculture et des programmes en charge de cette filière doivent nous accompagner davantage sur le terrain »

Mougnol Boyomo Robert, membre de GICAMAB(c)florence esther_agric-infos_8005Itw : M Mougnol Boyomo Robert, membre du GIC GICAMAB de Biguindé

« Je suis jeune producteur dans la culture du cacao. Pour le moment, mon exploitation ne compte que deux ha. A la fin de la dernière campagne cacaoyère, j’ai comptabilisé une production totale de six sacs de fèves commercialisés. Je trouve ce niveau de production très insuffisant. Selon les encadreurs que nous avons appelés, c’est la faute aux intrants que nous n’arrivons pas à acheter. La création du groupe GICAMAB nous a permis de rassembler nos forces mais depuis 6 à 7 ans que le groupe existe, les résultats sont encore insuffisants. Nous pensons que les agents du ministère de l’agriculture et des programmes en charge de cette filière doivent nous accompagner davantage sur le terrain pour nous pousser à améliorer notre production ».

 « J’ai acheté des produits BIO, on dit que cela peut augmenter ma production »

Bodiong Yakana Jean De Dieu, membre de GICAMAB(c)florence esther_agric-infos_8006Itw : M Bodiong Yakana Jean De Dieu, membre du GIC GICAMAB de Biguindé

« Je suis planteur de cacao de Biguindé. J’ai adhéré au groupe GICAMAB pour bénéficier des appuis et des conseils que le gouvernement pouvait nous apporter. Mais à la fin d’une campagne, malgré mes trois ha, je n’arrive même pas à récolter huit sacs. C’est très décourageant. Selon les  visiteurs, ils disent que ma plantation n’est pas bien suivie mais c’est par manque de moyens. Pour la dernière campagne, j’ai acheté des produits BIO, on dit que cela peut augmenter ma production. Je vais essayer pour voir. Mais ceci serait profitable si les agents du ministère de l’agriculture et des projets du gouvernement venaient plus souvent dans les plantations ».

 « Il est à souhaiter que les fournisseurs d’intrants viennent dans nos villages pour faire la promotion de leurs produits et signer des conventions avec nous »

Biengué Mamba Lambert, membre de GICAMAB(c)florence esther_agric-infos_8007Itw : M Biengué Mamba Lambert, membre du GIC GICAMAB de Biguindé

 « Je suis planteur de cacao et pour augmenter mes gains, je cultive aussi le manioc qui ne pose pas trop de problème pour la commercialisation. Pour ma parcelle de cacaoyers, je connais des attaques de capsides. Les feuilles jaunissent, on voit des trous dans les tiges, c’est difficile à comprendre quand on a fait quand même quelques traitements. Cette maladie réduit considérablement ma production. Avec mes 2,5 ha, je récolte annuellement au maximum que 7 sacs, ce qui est très insuffisant. Les travaux d’entretien sont pénibles et la récolte est très faible, c’est décourageant pour nous autres planteurs. Il est à souhaiter que les fournisseurs d’intrants viennent dans nos villages pour faire la promotion de leurs produits et signer des conventions avec nous».

 « Les gens veulent adhérer à un grand groupe qui marche bien comme GICAMAB mais ils sont découragés par les accompagnements espérés de la part du gouvernement qui n’arrivent pas alors qu’à la radio et à la télévision on dit que ces programmes sont sur le terrain »

Boyomo Jean Marie, secrétaire général de GICAMAB (c)florence esther_agric-infos_8008Itw : Boyomo Jean Marie, secrétaire général du GIC GICAMAB de Biguindé

 « Je suis planteur de cacao et secrétaire général du GICAMAB. Le problème de nos plantations et du faible niveau de la production est aussi un problème structurel car il faut le dire, presque toutes nos plantations sont vieillissantes. C’est des champs qu’exploitaient nos parents ll y a déjà très longtemps. Il est donc normal qu’ils ne peuvent plus apporter les rendements que nous attendons. Il  faut voir les choses autrement. Les membres parlent des champs de 3 à 4 ha mais quand vous les visitez, vous voyez qu’il y a beaucoup de vides. Il y a donc un travail de régénération à mener. A cet effet, nous sollicitons par le biais de votre presse l’appui des projets et programmes chargés de fournir des semences et des plants améliorés de cacao. Cela peut nous permettre de faire un bond en avant dans la production. Les gens veulent adhérer à un grand groupe qui marche bien comme GICAMAB mais ils sont découragés par les accompagnements espérés de la part du gouvernement qui n’arrivent pas alors qu’à la radio et à la télévision on dit que ces programmes sont sur le terrain. Déçus, ils se tournent vers les coxeurs».

Reportage réalisé par Ruben Etienne/journaliste agricnews

Mots clés : production de cacao, Guefigue, Biguinde, Mbam et Inoubou, Bokito, GIC GICAMAB, Ombessa, plantations vieillissantes, fournisseurs d’intrants, exportateurs de cacao, ministères de tutelle, MINADER, appuis du gouvernement à la cacaoculture, transformation du cacao