Le ministre du Commerce Luc Magloire Atangana veut sanctionner la qualité du cacao mis en vente en 2018 par des primes d’encouragement aux producteurs

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Le dernier rapport de l’office national du cacao et du café (ONCC) du Cameroun est sans appel. La qualité du cacao « origine Cameroun » vendu sur le marché international lors de la campagne 2016-2017 était médiocre. 95% du cacao exporté était de grade II et 97% pour la campagne précédente. La conséquence est pécuniaire. Le cacao camerounais rapporte aux exportateurs 200 FCFA par tonne de moins que le cacao ivoirien qui est sélectionné et vendu en grade I. A cause de cette mauvaise qualité, la cote du cacao camerounais connait une chute libre qui dure depuis plusieurs années.

Les autorités pensent que les planteurs sont les premiers responsables. Pour sa part, le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana continue de mettre la pression sur la gestion des produits par ces derniers et sur leurs organisations. Depuis quelques mois, il souffle le chaud et le froid. Il vient ainsi de créer une prime à la qualité pour la campagne 2017-2018. Mais cela reste un vœu pieux qu’il convient de matérialiser. Les descentes dans les bassins de production de cacao du Mbam révèlent qu’autrefois, le suivi de la qualité se faisait quotidiennement au champ par des agents vulgarisateurs assermentés. Ceux-ci faisaient le porte-à-porte pour diffuser les bonnes pratiques agricoles. Ils dépendaient soit  du ministère de l’agriculture, soit de la SODECAO. Chacun tenait un registre de notation. Au niveau du marché, les agents vérificateurs de l’ONCPB tenaient également un registre et notation dans lequel figuraient les noms des planteurs qui avaient présenté un produit de qualité supérieure.

Aujourd’hui, tous ces intermédiaires ont disparu, comment le ministre du Commerce Luc Magloire Atangana va-t-il implémenter cette mesure incitative sur le terrain. Le choix des planteurs qui se seront démarqués par la qualité de leur produit sera de fait fantaisiste et aléatoire si elle ne prend pas effet à partir de la plantation. Regardons de près l’exemple qui nous vient de la Côte d’Ivoire. Dans ce pays africain, le cacao admis à l’exportation doit remplir les caractéristiques suivantes : être correctement fermenté, avoir un taux d’humidité qui ne dépasse pas 8%, être propre et exempt de matières étrangères, ne présenter aucune odeur étrangère, et enfin être classé grade I ou grade II pour bénéficier de l’appellation commerciale « good fermented ». Le cacao hors standard est celui qui ne correspond pas aux caractéristiques du grade I et du grade II. Il est automatiquement retiré du marché d’exportation et destiné principalement à l’approvisionnement des usines locales de transformations qui sont tenues de l’acheter en priorité.

La faute du mauvais cacao du Cameroun n’est donc pas de la seule responsabilité du producteur. La multiplication des centres d’excellence dans les bassins de production qu’il a aussi initiée est une bonne chose pour les planteurs qui auront accès à ces équipements. Mais peut-être que la mesure la plus urgente aujourd’hui est d’imposer aux exportateurs de faire la différenciation des prix à l’achat pour les lots de bon cacao (grade I et grade II) destinés à l’exportation et les lots de cacao « hors standard » destinés à l’approvisionnement des unités locales de broyage.

Luc Magloire Mbarga A. de temps à autre, devrait davantage écouter les planteurs de cacao et de café et ignorer les érudits qui l’entourent et qui ont fixé des niveaux de production inaccessibles à l’horizon 2020.

Florence Esther/ JRI agricnews