« Il n’y a que l’Etat qui peut aider le producteur à produire un cacao de qualité »

C'est la belle saison mais les sacs de café sont abandonnés aux intempéries(c)agricnews

 Un comité de pilotage est un instant franc et tranché qui est donné aux administrateurs pour évaluer les activités conduites pendant une année par la coordination en place. Mais les comités de pilotage se suivent et se ressemblent. Quel que soit le lieu, la nature des activités menées et les objectifs finaux recherchés, certains administrateurs s’amusent à faire trainer en longueur une séance de travail pourtant essentielle à l’efficacité du projet. Ils collectent les coquilles et les omissions d’une ligne à une autre et ils notent avec précaution les pages incriminées. Ils surprennent toute l’assistance quand il manque un « S » ou lorsqu’une phrase est mal roulée. Tout le monde se laisse prendre à ce jeu alors que l’essentiel est ailleurs ; le projet a-t-il les moyens de son action, les ressources humaines dont il dispose sont-elles qualifiées pour le job, sera –t-il dans les délais ?  

Le 5ème comité de pilotage du projet d’Appui à la Gestion de la Qualité dans la Production du cacao et café n’a pas échappé à ce chapardage et cette litanie de phrases incongrues interminable. Le coordonnateur a fait le job, il a ainsi présenté les actions menées et les résultats obtenus pour l’année 2017 et en 2018. Les actions sur les activités post-récoltes n’ont pas été entièrement menées en 2017 et elles se poursuivent en 2018. Les administrateurs ont recommandé de les intensifier, mais quels moyens supplémentaires ont-ils octroyé au projet ?

 Ruben Etienne : « Le Cameroun souffre depuis plusieurs années de la décote de son cacao et du café sur le marché international or la principale raison semble être les mauvaises pratiques agronomiques des producteurs. Que faites-vous pour ces acteurs largement indexés ? »

M. Elombat Assoua André Marie : « Il faut reconnaitre qu’actuellement, il n’y a pas d’interface au niveau des producteurs qui leur permette par exemple de dialoguer avec les autres acteurs de la filière, notamment ceux qui sont dans la fourniture d’intrants ou encore dans la commercialisation, cela pose des problèmes en termes de durabilité. Il est évident que le maillon des producteurs est le plus faible mais le plus important dans la chaine de valeur cacao et café. Il mérite donc d’être bien encadré. D’où la nécessité d’une plateforme de dialogue avec tous les autres acteurs de la filière.

Ruben Etienne : « Que faut-il faire dans l’immédiat ? »

M. Elombat Assoua André Marie: « Comme le ministre de l’agriculture l’a relevé, le plus fort des dégradations porte sur les opérations post-récoltes. Il est donc nécessaire qu’une stratégie particulière soit mise en place.  À cet effet, nous avons créé des champs écoles dans les organisations de productions. Nous allons les densifier et de plus nous allons améliorer leurs équipements. L’objectif à terme est de produire un cacao et un café de qualité qui servent de repères aux autres producteurs.

Ruben Etienne: « Vous avez mis en place les champs écoles et par ailleurs, vous faites des échantillonnages,  cinq ans après quel est l’impact réel de ces actions sur la qualité du cacao et café camerounais ? »

M. Elombat Assoua André Marie: « Pour répondre à cette question, vous allez me permettre de faire une rétrospective pour rappeler qu’il y a seulement quelques années, il y a eu des refoulements de cargaisons de cacao aux frontières de l’Union européenne. Cela a causé beaucoup de tort au label-Cameroun. On lui reprochait l’odeur de fumée et dans d’autres cas, de présenter un taux élevé de résidus de pesticide (LMR). La première réaction est venue du ministre de l’agriculture qui a envoyé un signal fort en suspendant l’utilisation du Metalaxyl dans toutes les régions du Cameroun. Il reste donc à maitriser les bonnes pratiques qui sont aussi incriminées. Le projet d’appui à la gestion de la qualité a la charge de surveiller ce secteur. En 2017, Nous prélevions jusqu’à 200 échantillons, nos partenaires ont estimé que c’était peu. On est donc passé » à 2000 échantillons cette année.   C’est un chiffre significatif qui permet de s’appuyer sur des résultats convaincants.  Car ils donnent une valeur réelle de la situation des résiduels sur notre cacao et le café.

Ruben Etienne : « On sait que c’est le marché qui valorise la qualité mais à votre niveau, comment appréciez-vous la qualité du cacao et du café ? »

M. Elombat Assoua André Marie: « Il faut savoir que la qualité ^pour ces deux denrées se mesure à deux niveaux. Il y a la qualité physique et il y a la qualité chimique. Le premier facteur de qualité est visible à l’œil nu. On observe des débris, des cailloux, la mauvaise fermentation, la moisissure,… mais pour le second facteur de qualité que j’ai énoncé, il n’y a que l’Etat qui peut aider le producteur à vérifier sa limite maximale de résidus (LMR) avant de mettre son produit sur le marché.  Les échantillons que nous prélevons sont donc importants. On les analyse, on produit les résultats et on les interprète.

 itw réalisée par Ruben Etienne / journaliste Agricnews

 

M. Elombat Assoua André Marie, coordonnateur national du Projet d’Appui à la Gestion de la Qualité dans la Production du Cacao et du Café(c)agricnews

M. Elombat Assoua André Marie est coordonnateur national du Projet d’Appui à la Gestion de la Qualité dans la Production du Cacao et du Café (PAGQ2C). il est ingénieur agronome.

 

 

 

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